Chargez le texte de la parabole du bon samaritain

PARABOLE DU BON SAMARITAIN : COMMENTAIRES ET MEDITATION


La parabole du bon samaritain (Luc 10 25-37) est une des plus connues des paraboles des Evangiles, mais son message semble pourtant très peu appliqué. L'interprétation de la notion du prochain est en effet dérangeante pour beaucoup. Si le sujet central est de savoir qui est le prochain, d'autre nombreux enseignements peuvent en être tirés, comme souvent dans les paraboles du Christ. Plutôt que de faire une analyse générale, dans ce petit commentaire je vous propose une réflexion sur certaines leçons de ce texte biblique. Bonne méditation.

Continuité du nouveau testament par rapport à l'ancien

L'ancien testament comprend plus de 600 commandements. Compte tenu de cette multitude, la question du docteur de la Loi de savoir ce qui est primordial dans la Bible paraît donc légitime. L'Evangile indique seulement que le docteur de la Loi veut "éprouver" Jésus par cette question, sans préciser si ses intentions sont hostiles ou non. Comme souvent, Jésus ne va pas répondre directement à la question, il va d'abord demander son avis à son interlocuteur. Dans les Evangiles, Jésus parle 3 fois du "premier commandement". Les trois fois le centre de son message sera d'aimer, même si sa réponse va dépendre de l'attitude de ses interlocuteurs envers lui (Cf : Pourquoi un nouveau commandement d'amour ). L'important dans ce texte, ce n'est pas ici la position du docteur vis à vis de Jésus, mais son statut : les docteurs de la Loi étaient l'autorité en étude théologique dans le Judaïsme. Or ce docteur va donner exactement la même réponse que Jésus. Le fait d'avoir laissé le docteur s'exprimer va permettre de faire ressortir la pleine convergence entre eux deux sur ce qui est le plus important dans la Loi ou ce qui la résume : c'est d'aimer. Par ce passage, Jésus montre qu'il n'est pas venu changer la Loi, mais lui donner toute sa signification : "je suis venu non pour abolir (la loi), mais pour accomplir".

Qui est le prochain ?

La réponse du docteur est très profonde, il ne s'arrête pas aux simples règles morales, mais va au coeur de la révélation : une relation aux autres (Dieu inclus) batie sur l'amour. Mais il reste à donner son sens au mot "prochain" pour vraiment comprendre cette "Loi". L'explication que demande le docteur va permettre à Jésus de le faire, en allant plus loin que l'ancien testament. Pour les juifs, le contact avec les païens ou les pécheurs rendait impur. Il fallait donc rester entre gens de "bonne conduite". Le prochain était celui qui était proche en opinion et comportement. En choisissant comme exemple à suivre une des pires abominations pour les juifs, un samaritain, c'est à dire un hérétique, Jésus exprime clairement que le prochain ne se choisit pas. Comme dans la parabole, le prochain est celui qu'on rencontre, quelqu'il soit, même le plus odieux, le plus opposé à nous.
Ce commandement est l'un des plus mal suivi. Régulièrement nous le transgressons, chrétien ou non. Malgré ce commandement d'amour, les chrétiens eux-même ont souvent méprisé les païens, et se sont même haïs entre eux au nom de Dieu !!! Dans d'autres religions, il suffit de nommer l'autre un mécréant pour avoir le droit de ne plus respecter les commandements envers lui. C'est assez pratique, car on peut cataloguer ainsi qui on veut, il suffit de dire qu'il ne pense pas bien puisqu'il ne pense pas comme vous. Le siècle des lumières n'a pas changé la donne. Le même mépris s'est vite installé envers ceux qui refusaient la "lumière". Comme d'habitude, tout changement politique entraînant un changement de mots, on a remplacé le mot "amour" par "fraternité" ou "camaraderie", et on est plutôt revenu à la situation pré-chrétienne, où le prochain est officiellement celui qui pense bien, c'est à dire comme nous.

La forme de la charité

Jésus décrit dans cette parabole un comportement très fort du Samaritain. Celui-ci pour un inconnu en situation de détresse va sacrifier temps et argent, sans compter "ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai". Le plus extraordinaire dans cette dernière phrase, c'est qu'il n'insinue même pas à l'hotelier qu'il pourrait prendre sa part de charité. Or il y a de grandes chances que le blessé soit un judéen comme probablement l'hôtelier, alors que lui, samaritain, est un ennemi "hériditaire". Le Christ va appliquer cette notion de la Charité en acceptant de sacrifier sa vie sur la Croix. Pour Jésus, la charité est donc d'abord un acte d'amour qui nous engage, nous, et pas un acte de justice qui engage les autres.
Il faut reconnaître que ce "commandement" est très dur à supporter, beaucoup trop exigeant pour nous. Il est donc normal que nous ayons tendance à le remplacer par quelque chose de beaucoup moins contraignant : l'organisation de la "charité" de l'autre, ce qu'on appelle aujourd'hui "solidarité".

Le même comportement envers tous ?

Vu la charité décrite dans la parabole, on pourrait s'attendre à un comportement angélique de Jésus envers tous ceux qu'il rencontre, mais on sera alors surpris par le silence opposé à ses accusateurs lors de son procès, par son langage très dur envers des pharisiens pouvant aller jusqu'à l'injure comme "hypocrite", ou par son comportement brutal vis à vis des marchands du temple. Je crois que le comportement "apparent" change en fonction de la situation. Il est évident que l'homme blessé à mort de la parabole ne peut être aidé que matériellement tant son état physique est grave et ses capacités momentanément anéanties, mais parfois il peut être préférable pour l'autre de ne rien lui donner. J'en ai eu l'exemple personnel avec Yvette (Cf : Envie de mourir, appel à l'aide ). La règle de l'amour du prochain passe par la recherche de la solution la meilleure pour l'autre ou les autres. Il y a un comportement commun fondamental : le désir d'avoir une relation avec l'autre quelque soit son comportement actuel. Ainsi Jésus, s'il a un comportement parfois dur, sera toujours à la recherche du rétablissement de la relation. Il se rendra régulièrement chez les pharisiens ou les pécheurs, et surtout, sur la croix, priera son père de pardonner à ses bourreaux, c'est à dire Lui demandera de conserver la relation avec eux. Or sur ce désir de relation, le docteur va montrer son opposition quand Jésus lui demandera qui a été le "prochain" dans la parabole. Il va faire toute une phrase pour éviter de prononcer le mot "samaritain", ceux-ci restant impurs pour lui. Nous-mêmes sommes encore très loin de ce désir, comme par exemple le président d'une république, qui est récemment intervenu au Mali, a déclaré que le but était (vis à vis des ennemis) de les DETRUIRE. Puis sentant que le terme était choquant, a rajouté qu'on pourrait aussi faire des prisonniers. De fait il y en a eu peu. Que le terme DETRUIRE lui soit venu à l'esprit, et non celui d'empêcher de nuire, montre que l'autre est considéré comme définitivement indigne d'être là. Nous sommes loin d'un Jean-Paul II qui est allé rencontrer Mehmet Ali Agca en prison.