Chargez les textes des récits de la création de la génèse

Commentaire sur le récit de la création dans la Bible


Le récit de la création de l'univers dans la Bible engendre bien des polémiques. Aux Etats-Unis certains veulent, en raison de son existence, supprimer l'enseignement de la théorie de l'évolution à l'école, d'autres jugent la Bible ridicule à cause de lui. Ces deux positions apparemment opposées sont dues en fait à une même cause : une interprétation littérale du texte. Mais si on essaye de comprendre la signification qu'ont voulu donner leurs auteurs, alors on se rend compte que ce texte est un des plus profonds, intéressants de la littérature.
Pour ceci, je vous propose de faire d'abord une analyse du contexte historique, puis un commentaire sur le sens et l'apport théologique de ce merveilleux texte.

UN ou DEUX récits de l'origine du monde dans la Bible ?

Pour bien comprendre le style littéraire de la création dans la Genèse, il faut d'abord remarquer que celle-ci ne contient pas Une mais DEUX versions de la création du monde.
En effet de Génèse 1.1 à 2.4, nous avons un récit complet de la création en 7 jours, toutes les plantes, les animaux et l'homme ont été créés. Or en Génèse 2.5, selon le texte, aucun arbuste des champs n'étaient sur la terre, et plus loin Dieu créé les animaux des champs et les oiseaux. Tout recommence, il s'agit bien d'une seconde version de la création terrestre. On sait aujourd'hui que la Bible est issue de plusieurs traditions du judaïsme. Celles-ci sont dues notamment à la cassure du peuple juif lors de l'exil à Babylone. Lors de leur retour en -538, confrontés à diverse versions, ils ont choisi de les réunir en une seul livre. Quand les textes étaient voisins, ils en ont fait un seul. Un exemple est l'histoire de l'arche de Noë. Si vous la relisez attentivement vous remarquerez que des phrases s'y contredisent, notamment sur le nombre de couples d'animaux embarqués.
Relisez bien les deux récits de la création, presque toutes les formes matérielles de la création sont différentes : l'ordre de création, la durée, la façon de créer, la simultanéité de la création de l'homme et de la femme ... L'écart entre les deux récits était tel qu'il ne pouvait être possible, comme pour le déluge, de fusionner les deux textes en un seul. Les auteurs ont donc choisi de les retenir tous les deux, l'un après l'autre.

Pourquoi les auteurs bibliques ont accepté tant de différences ?

Nous sommes marqués par notre esprit cartésien, mais le mode de pensée sémitique était totalement différent. En Mésopotamie, les hommes pour tenter de donner une explication du monde rédigeaient des mythes. Chacun d'eux était destiné à expliciter un problème rencontré. Le fait que ces mythes ne soient pas cohérents entre eux ne les génaient pas. Mais nous mêmes, malgré tout notre esprit cartésien, nous sommes régulièrement obligés de faire pareil, même en science. Souvent nous trouvons des lois scientifiques qui expliquent parfaitement une catégorie de phénomènes, mais qui sont incompatibles avec d'autres lois. Comme elles sont efficaces dans leur domaine, nous les utilisons quand même. Il en a été ainsi longtemps de la force magnétique, totalement incompatible avec la transformation de Galilée (mais avec celle de la relativité). Aujourd'hui on utilise la relativité pour les grands ordres de grandeur, et la mécanique quantique pour les petits. Or les deux sont incompatibles.
Le fait que les auteurs n'aient souvent pas hésité à associer deux versions matérielles non compatibles montre que pour eux celles-ci n'étaient pas le point important, qu'elles ne servaient que de support à leur tentative d'explication spirituelle.

La création du monde dans la bible est-elle une oeuvre originale ?

Il est rare qu'un texte ne s'inspire d'aucun autre d'antérieur. La Génèse n'échappe pas à cette règle, et nous savons aujourd'hui qu'elle reprend beaucoup la trame matérielle de récits pré-judaïques. Les historiens ont retrouvé notamment un texte mésopotammien du déluge, antérieur à la Bible, dont le ressemblance avec le texte de Noé est très forte au point de vue détails matériels. Dans les récits de la création, on retrouve beaucoup d'inspirations pré-judaïques : Les Mésopotammiens pensaient que la création s'était faite en 7 étapes (les 7 livres de la création), dans certains récits la création se faisait par la parole, dans d'autres les dieux ont modelé les hommes. Le deuxième récit a des ressemblances très forte avec le mythe de Pandore. D'autres historiens pensent aussi à des inspirations égyptiennes ...
Mais si les auteurs ont repris beaucoup de détails matériels auprès des mésopotammiens, ils vont complètement s'opposer à leur vision divine. Au point de vue spirituel, l'influence de Zoroaste semble assez forte : monothéisme clairement affiché, perfection et bonté de Dieu ...
La grande originalité de ces récits, c'est en fait de réécrire les mythes anciens dans la conviction d'un Dieu créateur juste et bon. Car ces récits imagés ont une grande force, comme les paraboles du Christ : au lieu de nous assommer par un cours fastidieux, ils nous obligent à partir de mots simples à réfléchir a leur signification.

La création biblique, récit scientifique naïf ?

Les détails matériels peuvent nous sembler naïfs, mais il faut se souvenir que le philosophe grec Empédocle expliquait, plus de 50 ans après, le monde comme composition de 4 éléments : le feu, l'air, la terre et l'eau. Si les mathématiques commençaient à se développer, la physique en était encore à ses balbutiemments !! Toutefois, on peut remarquer que certaines idées "matérielles" restent modernes : l'idée que le monde a eu un commencement, que sa forme actuelle ne s'est pas faite en 1 jour, que celle-ci s'est faite du plus simple au plus compliqué (d'où dans le premier récit un historique de l'apparition des objets et êtres ayant des ressemblances avec nos connaissances actuelles ).

Commentaires sur la signification théologique du récit de la création

Si nous analysons les deux récits comme des paraboles destinées à nous mieux faire comprendre le pourquoi de la création, alors nous sommes émerveillé de la richesse de ces textes, et au lieu de les voir s'opposer, nous verrons une complémentarité entre les deux récits. Nous comprenons mieux alors ce qui a poussé les auteurs à garder deux textes apparemment aussi différents.
Vous trouverez ci-après des sujets de méditation sur quelques points.

but de la création

Dans le premier récit, la création se fait du plus simple au plus compliqué, au plus parfait, l'homme est créé en dernier le sixième jour, après tous les autres êtres vivants. Il est de plus le seul être créé à l'image de Dieu, à être béni par Lui. Il est donc l'aboutissement de la création. Dans le second récit, l'ordre est changé : l'homme est créé avant les plantes et les animaux. ceux-ci ne sont créés que pour lui. S'il est apparu en dernier sur cette terre, il a été celui auquel Dieu a pensé en premier, celui pour lequel Dieu a conçu ce monde. Les deux récits convergent vers une même affirmation : l'homme est l'aboutissemnt, le but de la création.

Perfection de la création

Dans les récits mésopotamiens si le monde s'est créé en 7 étapes pour eux, c'est par ce qu'à chaque fois il a fallu recommencer, chacune des 6 premières étape se finissant mal. Les auteurs de la Bible ont rejeté cette vision : les 7 étapes ne sont plus des échecs, mais une progression vers la perfection. Et ce n'est pas par hasard si à la fin de beaucoup d'actes de Dieu, le texte insiste par "Dieu vit que cela était bon".

Bonté de dieu

Pour les mésopotammiens, les dieux avaient créé les hommes pour les servir, notamment cultiver la terre pour eux et leur faire des offrandes des produits obtenus. Dans les deux récits de la création de la Génèse, Dieu ne demande aucun avantage aux hommes : il a créé le monde par pure bonté, sans aucune recherche d'intérêt. Le deuxième récit est d'ailleurs très explicite dessus : Dieu a créé les plantes, les animaux pour le bien être de l'homme. C'est lui-même qui plante les arbres du jardin !! Nous sommes complètement à l'opposé des anciens récits. le récit est cohérent avec la perfection de Dieu : pourquoi un Dieu omnipotent aurait besoin de serviteurs ?