POURQUOI LA SOUFFRANCE HUMAINE SI DIEU EXISTE ?


Pourquoi Dieu permet-il la souffrance humaine ? Pourquoi tant de souffrance si Dieu existe ? Cette question de la souffrance et de la "passivité" apparente du Seigneur nous choque. Or Jésus décrit justement ce comportement passif de Dieu dans la parabole de l'enfant prodigue. Le père durant la souffrance de son fils n'intervient pas. (voir : Richesse de la parabole de l'enfant prodigue ) Mais si Jésus montre le père passif, il nous le décrit comme présent. En effet, quand le fils revient, le père le repère de loin, comme s'il ne l'avait jamais perdu de vue. Comme dans toutes ses paraboles, Jésus nous décrit ce comportement, mais sans donner des explications. Quelles peuvent-elles bien être ?
Trois pistes de réflexions me viennent :

LIBERTE
Notre liberté entraîne en effet le risque de souffrance :
- pour les autres, non seulement à cause du mal que nous pourrions avoir envie de faire, mais aussi plus souvent par notre indifférence. Combien de fois ai-je entendu dans les écoutes téléphoniques des gens qui souffraient de ne pas voir de réciprocité dans un amour, de se sentir délaissé par des parents, de ne pas être accepté dans un groupe d’amis …
- mais aussi pour nous-même. Prenez un oiseau, laissez-lui le choix de la cage ou de la nature. Dans le premier cas il bénéficiera de nourriture abondante, de soins, de protection. Dans le deuxième il sera exposé à des souffrances terribles : maladie, faim, et prédateurs. Pourtant il choisira toujours le deuxième cas : mieux vaut la liberté que la sécurité. Dans beaucoup de nos choix, nous agissons comme cet oiseau.

CAPACITE
Mais si un monde de liberté doit forcément inclure le risque de certaines souffrances, toutes ne sont pas dues à celles-ci. Un raz de marée, un tremblement de terre, une famine, une épidémie … Or on sait aujourd’hui que l’humanité a les possibilités de combattre ces phénomènes, d’en limiter de plus en plus les souffrances engendrées. Dieu avait le choix entre empêcher ces possibilités de souffrance, ou nous donner la capacité de pouvoir les combattre. Il semble avoir choisi la seconde solution.
Ce qui est vrai pour ces souffrances générales, me paraît encore plus vrai pour nos souffrances personnelles. Très souvent j'ai râlé dans mes prières pour les souffrances dans lesquelles Il me laissait, pour me rendre compte qu'en fait j'avais amplement la capacité de m'en sortir. Avec du recul, je me rends compte qu'il était de loin préférable qu'il n'intervienne pas directement. Dans la parabole, si le père n'intervient pas, ne serait-ce pas aussi parce qu'il sait que son fils a la capacité de réagir ? Certaines fois, j'ai vraiment eu l'impression que mes prières ont été exhaussées, mais à chaque fois je n'avais pas en effet la capacité de régler seul le problème. Or si vous lisez les évangiles, ou la vie de saints, il est frappant de voir que les miracles n'interviennent que quand l'homme a épuisé toutes ses possibilités. La multiplication des pains en est un exemple frappant. N'est-il pas logique que Dieu respecte la capacité qu'il nous a donnée ?

AGIR OU ETRE A COTE ?
Dans la parabole de l'enfant prodigue, la joie immense du père lors du retour de son fils, le fait qu'il le guettait, qu'il lui pardonne tout, montre que le père souffrait en silence de cette situation. Un Dieu d'amour ne peut être indifférent à nos souffrances. Si certaines raisons d'amour (respect de notre liberté ou de notre capacité) l'empêchent d'être trop dirigiste, il reste une solution : celle de partager nos souffrances, d'être à nos côtés dans le respect de notre liberté.

Ma vision sur la souffrance a changé quand je me suis rendu compte que pour un chrétien, la question fondamentale n’était pas « Je ne crois pas en un Dieu d’amour qui laisse exister la souffrance », mais « Pourquoi Dieu permet-il la souffrance, sachant qu’il en est la principale victime ? ». Victime le jour de la Passion , victime tous les jours par les nombreux refus de son Amour, ou l’indifférence à celui-ci …